Saules aveugles, femme endormie | Film complet | ARTE Cinema

U n film disponible jusqu'au 10/04/2026 Au lendemain du tsunami de 2011, les chemins parallèles de deux employés japonais en quête de sens. Pierre Földes transpose la poésie, le mystère et la mélancolie de Haruki Murakami dans un récit d'animation fluide et inspiré. À Tokyo, quelques jours après le tremblement de terre et le tsunami de 2011, Komura, employé sans conviction dans une banque, est quitté du jour au lendemain par Kyoko, sa femme, qui passait ses nuits sans sommeil depuis la catastrophe devant les chaînes d'info. "Vivre avec toi, c’est comme vivre avec une bulle d'air", lui a-t-elle écrit avant de partir, en signalant la disparition de leur chat Watanabe – lequel porte le nom du beau-frère de Komura car, d’après ce dernier, ils se ressemblent étonnamment. À la banque, dans le box voisin du sien, le pauvre monsieur Katagiri, agent de recouvrement disgracieux et solitaire, est aux abois. Sous pression de la direction pour récupérer la dette abyssale d'un groupe mafieux, il perd connaissance dans la rue, victime d'une hallucination. Le lendemain, une grenouille géante déboule dans son minable logis pour lui confier une mission, et cette fois, il semble qu'il ne rêve pas… Envoûtements Transposant six des vingt-trois nouvelles du recueil éponyme paru en France en 2010, écrites donc par Haruki Murakami avant le tsunami, Pierre Földes fait subtilement éclore à l'écran le mélange unique d'humanité et de détachement, de poésie et d'étrangeté, d'humour et de mélancolie qui a rendu l'écrivain célèbre dans le monde entier. Peintre, réalisateur et compositeur pour le cinéma, il signe aussi la musique de ce film d'animation envoûtant, et prête sa propre voix à l'irrésistible Frog, batracien colossal doté de superpouvoirs qui tombent à pic. Mais outre ce dernier et l'évanescent chat Watanabe, d'autres fils rouges, magiques ou pas, orientent les dérives parallèles des deux salarymen dans les méandres de la grande ville, et bien au-delà. Kyoko, elle aussi, chemine à l’arrière-plan. Quant à la catastrophe, ajoutée par Földes au récit, invisible dans les tableaux minutieusement composés du film, urbains ou bucoliques, elle sert ici de déclencheur, voire de métaphore, pour des existences dont le cours dévie irrémédiablement, afin de se retrouver ou, peut-être, de mieux se perdre. Film d'animation de Pierre Földes (France/Luxembourg/Canada, 2018, 1h42mn)