Maternité éternelle | Film complet | ARTE Cinema

U n film disponible jusqu'au 06/09/2026 Mère de deux jeunes enfants, coincée dans un mariage malheureux, une jeune poétesse se débat pour affirmer son art et son désir... Puissamment féministe, ce récit poignant et jamais attendu fait voler en éclats les tabous de son temps. Le deuxième film réalisé par l'actrice japonaise Kinuyo Tanaka - une perle rare. Non loin de Sapporo, dans l'île de Hokkaidô, Fumiko, à l'aube de la trentaine, subit la haine, l'infidélité et les reproches continuels d'un mari qui, se méprisant lui-même, s'est convaincu qu'elle est une des causes de son malheur. Mère de deux enfants encore très jeunes, Noburu et Aiko, elle exprime sa souffrance dans des haïkus qu'elle partage au sein du cercle de poètes amateurs de la ville. M. Hori, un ancien camarade d'études qui a épousé son amie la plus proche, est l'un des rares à comprendre sa poésie et à l'encourager. Quand Fumiko divorce et que son fils lui est enlevé pour vivre avec son ex-mari, elle avoue à cet homme bon qu'elle s'est éprise de lui. Il meurt peu après de maladie, non sans avoir envoyé à Tokyo, pour un concours, des poèmes écrits par la jeune femme. Comme si le sort s'acharnait sur elle, Fumiko découvre alors qu'elle est atteinte d'un cancer du sein… Ultrasensible Le deuxième film de Kinuyo Tanaka, qui raconte la frustration, la maladie et le désir féminin avec une audace et une modernité inouïes dans le Japon profondément patriarcal des années 1950, est inspiré de la courte vie de la poétesse Fumiko Nakajo. Avec une palette étonnamment mobile, Yumeji Tsukioka (révélée quelques années plus tôt en Occident par le film d'Ozu Printemps tardif) exprime toutes les contradictions d'une femme soumise à l'impitoyable ordre social de son temps, mais qui refuse, malgré la détresse, d'abdiquer son désir d'aimer, de vivre, d'écrire. Dans un splendide noir et blanc, ce frémissant récit d’émancipation n’élude aucun tabou, y compris celui de montrer à l'écran Fumiko revêtant ses prothèses mammaires après son opération. Dans une mise en scène ultrasensible, dépourvue de tout sentimentalisme mais en prise directe avec les émotions de son héroïne, Kinuyo Tanaka manie avec délicatesse l'ellipse, l'indicible et lehors-champ.On regrette d'autant plus la pudeur excessive du titre français – désavouée par l'auteur des sous-titres –, qui frise le contresens. La cinéaste, elle, en avait choisi un en forme de manifeste : "Que les seins soient éternels". Film de Kinuyo Tanaka (Japon, 1955, 1h46mn)